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Rémunération du dirigeant : salaire, dividendes et rémunération différée

« Je me verse quoi cette année ? » Beaucoup de dirigeants se posent la question une fois par an, au moment de l'approbation des comptes, souvent en quelques minutes avec l'expert-comptable. C'est pourtant l'une des décisions qui pèse le plus sur la construction de leur patrimoine. Car la vraie question n'est pas seulement combien se verser, mais sous quelle forme, et à quel moment.

Commencer par tout mettre à plat

Avant de parler salaire ou dividendes, je dresse avec le dirigeant la carte de ses revenus et de ses besoins : son train de vie, ses emprunts, ses projets, sa situation familiale, ce qu'il possède déjà en dehors de l'entreprise, et l'horizon auquel il pense céder ou transmettre.

Cette carte change tout. Un dirigeant de 40 ans qui rembourse sa résidence principale n'a pas les mêmes besoins qu'un dirigeant de 58 ans qui prépare une cession. Le premier a besoin de revenus disponibles, le second de capital et de droits à la retraite.

Trois façons de se rémunérer

Un dirigeant peut combiner trois types de revenus, chacun avec sa logique :

La rémunération de son mandat, versée chaque mois. Elle est déductible du résultat de la société et ouvre des droits sociaux (retraite, prévoyance, maladie), mais elle supporte des cotisations élevées.

Les dividendes, versés une fois le bénéfice constaté et l'impôt sur les sociétés payé. Ils n'ouvrent aucun droit social et dépendent des résultats de l'année.

La rémunération différée : épargne salariale, PER, retraite supplémentaire. On ne la perçoit pas tout de suite, mais elle construit un capital pour plus tard, dans un cadre souvent favorable.

Le statut change la donne

On ne raisonne pas de la même façon selon la forme de la société. Le président de SAS ou de SA est assimilé salarié : il cotise au régime général, avec une protection proche de celle d'un salarié, mais des cotisations nettement plus lourdes. Le gérant majoritaire de SARL est travailleur non salarié : ses cotisations sont plus faibles, sa protection aussi.

Une particularité est souvent mal connue des gérants majoritaires : la part de leurs dividendes qui dépasse 10 % du capital social, des primes d'émission et des comptes courants d'associés est soumise aux cotisations sociales, comme une rémunération. En SAS, les dividendes n'y sont pas soumis.

Salaire ou dividendes : une question mal posée

On me demande souvent ce qui « coûte le moins ». Je réponds toujours que cela dépend, et ce n'est pas une façon d'esquiver. Il faut regarder ensemble le taux d'impôt sur les sociétés de l'entreprise, la tranche d'imposition du dirigeant, son statut social, les droits à la retraite qu'il a déjà acquis, et ce qu'il veut faire de l'argent.

Pour mémoire, en 2026, les dividendes sont soumis par défaut à un prélèvement forfaitaire de 31,4 %, ou, sur option, au barème de l'impôt sur le revenu après un abattement de 40 %. Mais un dirigeant qui se verse uniquement des dividendes pendant des années pour « économiser des charges » découvre parfois, au moment de liquider sa retraite, qu'il a très peu cotisé. Le calcul se fait sur toute une carrière, pas sur une année.

C'est pourquoi je ne donne jamais de répartition type. Elle se construit avec l'expert-comptable, chiffres de l'entreprise à l'appui, et se revoit chaque année.

Les leviers qu'on oublie

Le compte courant d'associé. Quand le dirigeant prête de l'argent à sa société, celle-ci peut lui verser des intérêts, dans une limite fixée par l'administration. C'est une source de revenus distincte, sans cotisations sociales.

L'intéressement et la participation. Dans les entreprises jusqu'à 250 salariés, le dirigeant peut en bénéficier lui-même si l'accord le prévoit, au même titre que ses salariés. Chaque dispositif est plafonné à 75 % du plafond annuel de la Sécurité sociale, soit 36 045 € en 2026. Placées sur un plan d'épargne d'entreprise ou un PER collectif, ces sommes sont bloquées, mais bénéficient d'un cadre fiscal et social favorable.

Le PER. Les versements volontaires sont déductibles du revenu imposable dans certaines limites, et l'entreprise peut les compléter par un abondement si un plan collectif existe.

Ces dispositifs ont un intérêt qui dépasse le dirigeant : ils profitent aussi aux salariés, et deviennent un argument pour recruter et fidéliser.

Concrètement, sur un dossier

Un président de SAS lyonnaise, 52 ans, marié, deux enfants étudiants. Sa société dégage un bénéfice régulier et il pense la céder dans huit à dix ans. Il se versait jusqu'ici un salaire modeste et des dividendes importants.

En faisant le point, deux constats sont apparus : ses droits à la retraite étaient faibles pour son niveau de vie, et l'entreprise n'avait aucun dispositif d'épargne salariale alors qu'elle compte une vingtaine de salariés. Nous avons travaillé avec son expert-comptable sur un rééquilibrage progressif de sa rémunération et sur la mise en place d'un accord d'intéressement ouvert à tous, lui compris. Le détail des montants lui appartient ; la méthode, elle, s'applique à beaucoup de dirigeants.

Questions fréquentes

Un dirigeant peut-il bénéficier de l'intéressement ?

Oui, dans les entreprises jusqu'à 250 salariés, si l'accord le prévoit expressément. Le dirigeant en bénéficie alors dans les mêmes conditions que ses salariés.

Les dividendes ouvrent-ils des droits à la retraite ?

Non. Seule la rémunération soumise à cotisations ouvre des droits. C'est un point à intégrer dès le départ dans la réflexion.

À quelle fréquence revoir sa rémunération ?

Au moins une fois par an, au moment de l'arrêté des comptes, et à chaque changement important : projet de cession, naissance, achat immobilier, départ à la retraite qui se rapproche.

Sources officielles

Contenu informatif à caractère général, à jour à sa date de publication et non contractuel. Les taux et règles fiscales indiqués sont ceux en vigueur à cette date et sont susceptibles d'évoluer. Ce contenu ne constitue pas un conseil personnalisé : la fiscalité et l'opportunité d'un placement dépendent de votre situation. Rapprochez-vous de votre conseiller avant toute décision.

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