Placer la trésorerie de son entreprise ou de sa holding
Quand je regarde le bilan d'une PME ou d'une holding, je trouve presque toujours la même chose : plusieurs centaines de milliers d'euros qui dorment sur un compte courant. Le dirigeant le sait, mais il a d'autres priorités, et l'argent est là « au cas où ». C'est une prudence que je comprends. Elle coûte pourtant cher, surtout quand elle dure des années.
Avant de placer, savoir quand on aura besoin de l'argent
La question n'est pas « où placer ? » mais « quand l'entreprise aura-t-elle besoin de cet argent ? ». Je découpe toujours la trésorerie en trois parts.
La première sert à faire tourner l'entreprise. En général, deux à trois mois de charges. Elle reste sur le compte courant, ou sur un compte rémunéré si la banque en propose un correct.
La deuxième, c'est l'argent dont on sait qu'il sortira dans les deux ans : une machine à financer, un solde d'impôt, une échéance d'emprunt, un recrutement. Là, on ne prend aucun risque sur le capital.
La troisième est ce qui reste quand on a tout prévu. C'est la seule part qui peut supporter des variations, parce que l'entreprise n'en a pas besoin avant plusieurs années.
Ce découpage se fait avec l'expert-comptable, prévisionnel en main. Sans lui, on place au hasard.
Ce que j'utilise pour chaque part
| Support | Durée | Capital |
|---|---|---|
| Compte courant rémunéré | Disponible | Garanti |
| Compte à terme | 1 mois à 5 ans | Garanti |
| Fonds monétaires | Quelques semaines à quelques mois | Non garanti, très peu volatil |
| Compte-titres : actions, ETF, obligations | 3 à 5 ans et plus | Non garanti |
| Produits structurés | Bloqués de 1 à 10 ans | Protégé partiellement ou non, selon le produit |
Pour l'argent qui sortira dans les deux ans, le compte à terme fait très bien le travail. On connaît le taux dès le départ, le capital est garanti, et on peut échelonner les échéances pour qu'elles tombent au bon moment.
Pour l'excédent de long terme, je passe par un compte-titres au nom de la société. Il permet d'investir sur les marchés sans plafond, de choisir précisément ce qu'on achète et de récupérer l'argent en quelques jours si la situation change.
Les produits structurés ont leur place dans cette dernière poche, à une condition : que l'entreprise puisse réellement se passer de l'argent pendant toute la durée du produit, qui va de 1 à 10 ans. Un remboursement anticipé est souvent possible, mais il n'est jamais garanti.
Et la fiscalité ?
Une société à l'impôt sur les sociétés n'est pas imposée comme un particulier, et chaque type de placement obéit à ses propres règles. Je ne fixe donc jamais une allocation sans l'avoir regardée avec l'expert-comptable de l'entreprise : c'est lui qui en mesure l'effet sur le résultat et sur l'impôt.
Le cas particulier de la holding
Beaucoup de dirigeants font remonter les dividendes de leur société d'exploitation dans une holding, et c'est souvent à cet étage que la trésorerie s'accumule.
Placer cet argent demande de regarder deux choses avec l'avocat et l'expert-comptable : l'équilibre entre placements et activité d'animation du groupe, qui compte notamment pour une future transmission, et les éventuelles obligations de réinvestissement si la holding a cédé des titres reçus lors d'un apport-cession.
Concrètement, sur un dossier
Prenons une PME lyonnaise avec 1,5 M€ de trésorerie et environ 90 000 € de charges par mois. On laisse 270 000 € sur le compte courant, soit trois mois de fonctionnement. On place 400 000 € en comptes à terme échelonnés, parce qu'une machine doit être payée dans un an et que l'impôt tombera avant. Les 830 000 € restants vont sur un compte-titres, répartis entre obligations et actions, avec éventuellement un produit structuré si l'entreprise peut immobiliser une partie de la somme plusieurs années.
Rien de tout cela n'est figé. On revoit la répartition chaque année, quand l'expert-comptable présente les comptes et que le dirigeant a une idée plus claire de ses projets.
Questions fréquentes
Une société peut-elle ouvrir un compte-titres ?
Oui, une société peut ouvrir un compte-titres à son nom, auprès d'une banque ou d'un courtier, et y détenir des actions, des obligations, des fonds ou des produits structurés.
Quelle part de la trésorerie laisser disponible ?
En général deux à trois mois de charges, auxquels s'ajoutent les sommes dont on sait qu'elles sortiront dans les deux ans. Le chiffre exact se fixe à partir du prévisionnel.
Un produit structuré peut-il être revendu avant son terme ?
Un remboursement anticipé est souvent prévu sous conditions, mais il n'est pas garanti. Il faut donc pouvoir immobiliser la somme pendant toute la durée du produit, de 1 à 10 ans.
Sources officielles
Contenu informatif à caractère général, à jour à sa date de publication et non contractuel. Les taux et règles fiscales indiqués sont ceux en vigueur à cette date et sont susceptibles d'évoluer. Ce contenu ne constitue pas un conseil personnalisé : la fiscalité et l'opportunité d'un placement dépendent de votre situation. Rapprochez-vous de votre conseiller avant toute décision.